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La troisième fois, j'ai enfin connu le lac Témiscamingue plus intimement. C'était au début de l'été, en canot justement. Mes amis pêchaient le doré, l'achigan, la truite grise ou le féroce brochet, moi, qui n'aime pas la pêche, je regardais le paysage admirablement calme, tout en vert, bleu et rose: bleus intenses du lac et du ciel, roses chatoyants des nuages et du granit témiscamien, dont on voyait partout scintiller les affleurements entre les masses vert sombre des thuyas et les bonnes vieilles érablières gentiment couchées contre le flanc des collines. Imaginez: un lac deux fois grand comme le Memphrémagog, mais presque vide, sans un millier d'embarcations qui du matin au soir emplissent le ciel de leurs hurlements de fin du monde. Comme la plupart des lacs traversés par les grandes rivières du Québec et de l'Ontario, le Témiscamingue a servi au flottage du bois pendant près d'un siècle, jusqu'au milieu des années soixante. Il a sans doute été lui aussi très dangereusement pollué. Mais à le voir aujourd'hui, on se dit qu'il est tout à fait guéri, aussi en santé qu'à l'époque où d'Iberville et ses joyeux lascars le remontaient pour aller planter les Anglais à la baie d'Hudson. À dix heures du soir, le ciel d'été était encore tout rempli de clarté. Il y avait juste assez de vent pour chasser le maringouin. Notre canot frôlait les rives et s'attardait au fond des anses encore pleines de la chaleur et des parfums du jour. J'ai rarement eu dans ma vie une telle impression de fraîcheur, de liberté, de propreté. J'ai pensé, fatalement, au Lac de Lamartine « Ô temps! Suspends ton vol » - et j'ai vraiment cru un moment que le monde était neuf. Quand je pense au Témiscarningue, il m'arrive encore d'y croire. Chronique de Georges-Hébert Germain
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